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A la prison de Yaoundé, les chanceux dorment assis, les autres debout

Plongée dans des prisons d’Afrique (7/7). Dans la prison centrale de la capitale du Cameroun, 4000 détenus s’entassent dans un lieu prévu pour en abriter quatre fois moins.

Ses mots sur la prison centrale de Yaoundé soulignent autant son caractère « surpeuplé » que la violence qui y règne.

« Une fois que tu descends à Kondengui (…) Tu entres d’abord en cellule de passage. Dans cette petite cellule, vous êtes 100 ou 150, même 200 parfois. Si vous êtes trop peu c’est 50 ou 80. On est trop trop trop serrés. Tu as des gens qui dorment debout, d’autres assis. On est serré-serré. L’air que tu respires n’est pas comme l’air du dehors. Il y a des gens partout. Tu n’as pas un endroit où poser le pied (tu n’as pas d’espace à toi). Dans les quartiers si tu veux avoir où dormir, tu payes 3 000 Francs CFA au maire et à son équipe. Tu as l’adjoint aussi, et le commissaire. Eux c’est des anciens qui sont là depuis 10 ou 20 ans. Sinon tu vas dormir debout parfois dans la cour… et tu vas faire la corvée. Tu vas laver les toilettes, les cacas, les pipis et tout et tout. »

J. C évoque en rafale la surpopulation et l’insécurité : « Si quelqu’un te bouscule, excuse-toi vite sinon ça peut mal finir… les gens se poignardent pour rien là-bas ». Sans omettre d’évoquer le dénuement et la désolation : « il y a des gens avec des habits sales, d’autres ont des habits déchirés ; on dirait des fous ».

Lire l’épisode 2 :   A la prison centrale de Yaoundé, être gardien d’un « volcan qui dort »

A Kondengui, 4000 détenus pour 1000 places

Ces paroles rejoignent celles de différents acteurs extérieurs qui interviennent dans les prisons camerounaises (ONG, organisation de droits de l’homme, organisations de santé des détenus, organismes internationaux…). Ils disent l’indigence des détenus dans un lieu qui abrite à ce jour environ 4 000 personnes, dans des locaux prévus pour en abriter quatre fois moins.

Pour J.C, cette prison devrait être reconstruite. Il y a trop « de gens qui ont le sang à l’œil », une expression qui au Cameroun rend compte de la méchanceté, du cynisme voir d’une totale insensibilité. Ces gens doivent rester en prison, dit-il, car « si Kondengui était fermée », tout ce monde reviendrait persécuter le reste de la population. Jugement sévère de ses anciens codétenus, qui lève un pan de voile sur le regard et la perception qu’une partie de la société a des prisonniers, ainsi qu’une construction de la dangerosité de cet univers à laquelle participent des récits comme celui de J.C. Les détenus mériteraient d’être, pour reprendre une expression de l’anthropologue français Didier Fassin, « à l’ombre du monde ».

Pour autant, J.C évoque également son expérience carcérale à Ebolowa, capitale régionale du Sud, située à 150 kilomètres de Yaoundé. Quand il en parle, J.C devient moins acrimonieux sur son jugement de l’institution carcérale.

« Il y a Kondengui et il y a les autres prisons. Même parmi nous les anciens du ngata [expression signifiant prison], on sait que ce n’est pas la même chose. Quand tu as work le ngata” [fais de la prison], ceux qui ont fait New-Bell [prison centrale de Douala], et Kondengui, et sont passés ailleurs vont te dire que les autres prisons du kuo [pays], ne sont rien à côté. D’abord, à Ebolowa, c’est une petite prison, vous êtes même 250 comme ça. C’est pas vide, mais vraiment c’est rien. Y’a pas beaucoup de gens. Tu respires un peu. Y’a pas beaucoup de quartiers, et si tu te comportes bien tu peux sortir faire ta corvée dehors. Vraiment ce n’est pas la même chose ».

« Goûter à l’air de dehors »

Pour l’ancien détenu, il y a au moins deux types de prisons au Cameroun. D’une part, Kondengui, assez proche de la prison centrale de Douala-New-Bell, deux espaces décrits comme des lieux d’inhumanité où règnent violence, trafics et misère ; d’autre part, les « petites prisons », en régions et en zones rurales, dont personne ne parle et où les prisonniers bénéficieraient de conditions plus humaines, moins dégradantes. Il importe de reconnaître que les petites prisons, si elles paraissent moins violentes, peuvent également être difficiles pour les détenus sans soutien extérieur ou ne sortant pas. L’économie informelle y est moins développée et les opportunités moins importantes.

Cette division est liée non seulement à la différence des effectifs, mais également à la diversité des registres d’enfermement. D’un côté les prisons des grandes villes, avec un mode d’emprisonnement « strict » (même s’il existe des cas de sorties pour corvée) ; de celui des « petites prisons », avec des modalités de gestion plus souples et plus ouvertes sur le dehors, certains détenus allant hors les murs pour effectuer des travaux d’intérêt publics, et ainsi « goûter à l’air de dehors ».

Une telle dichotomie des prisons camerounaises rejoint une observation générale en Afrique. L’image de prisons surpeuplées reflète uniquement la réalité des capitales politiques et économiques du continent. Ces prisons de grandes villes abritent en moyenne la moitié de la population carcérale nationale, comme par exemple à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Côte d’Ivoire). Au Cameroun, c’est le tiers, avec les prisons de Yaoundé, Kondengui, et celle de Douala, New-Bell.

Lire l’épisode 5 :   A la prison d’Abidjan, le parcours tortueux de Yacou le Chinois

En Afrique, un taux d’incarcération parmi les plus bas au monde

La prison centrale d’Ebolowa abrite en moyenne 350 détenus (prévenus et condamnés) répartis en trois quartiers légèrement séparés : les hommes, les femmes et les mineurs. Même si l’établissement est prévu pour accueillir environ 200 personnes, son taux de surpopulation est largement inférieur à celui de la prison centrale de Yaoundé ou celui de la prison de centrale de Douala (4 500 détenus environ à l’année pour 1 000 places).

L’image des prisons des grandes villes africaines laisse souvent penser qu’en Afrique on emprisonne plus que partout ailleurs dans le monde. Or, le continent compte a contrario, parmi les taux d’incarcération les plus bas au monde.

L’Afrique se situe à l’avant-dernière place avec 94 détenus pour 100 000 habitants, le dernier rang étant occupé par l’Asie, 92/100 000, quand les Amériques atteignent un taux moyen de 387/100 000, et l’Europe 192/100 000.

Le Cameroun se situe un peu au dessus de la moyenne africaine, à 115 détenus pour 100 000 habitants quand des pays comme le Burkina Faso comptent seulement 34 ou encore 16 pour la République Centrafricaine. A contrario, les îles Seychelles présente un des forts taux d’emprisonnement au monde, même devant les Etats-Unis, avec respectivement 799 et 698 détenus pour 100 000 habitants. L’Afrique du Sud et le Swaziland totalisent les plus forts taux en Afrique (hors Seychelles donc) comptent respectivement, 292/100 000 et 289/100 000.

Ces chiffres mériteraient certes une analyse plus approfondie, mais ils obligent à tordre le cou à plusieurs clichés et fausses idées sur les prisons africaines. Car, la surmédiatisation des prisons des capitales, en fait aussi des bénéficiaires prioritaires de réformes, d’interventions des ONG et des acteurs extérieurs, concourant à négliger les « petites prisons », qui ont aussi leur lot de problèmes.

Par Patrick Awondo, enseignant et chercheur à l’université de Yaoundé et à l’Ecole normale supérieure de Lyon.

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10 comments

  1. In Cameroon free citizen sleep rough and some on top of their moto taxi etc….and you come here talking to us about prisoners? when you are the one creating the environment that make them commit crimes? stay in Lyon my friend and make noise can you make a research on how France yes french banks and corporations a ruinning your country? educated fools…how is this your reseach help free your peoples or educate them on the urgency to free themselves from France where you reside? Can you now at the end of you conclusion make a comment that say ” If France was to let african countries have their money and control their resources 90% I will argue 99% of theses prisoners would not be in prison” this is exactly what I always say you fools are just repeating and trying to fly to france without stress hope to get a french medal etc….Go and hide!

    • Phararon @ 100% agree with your solution ,reasoning and expected results in this comment .

  2. So we should all stop our research and only focus on how to “free Africans” from the west? c’mon now? The research is about the state of prisons in Africa, you ask how it educates people ? In most cases, it is research like these that shine light on an issue and bring about reforms. I’m just curios, why would you think there would be fewer prisoners if Africans had “full” control over their finances? The reason I ask is because overcrowded prisons is not an African phenomena, its everywhere.

    • I love it when peoples debate ideas.

      Now in my opinion we should focus on what is of interest of our survival. This is not a survival topic for our society when we reach the other continents you referring to in your comment then we can talk about this. This rejoins my argument that a lot of what is thought in africa today has no application locally c ie cannot be practice because we want do like they do in the west thus missing a lot of steps within.

      The reason I believe africa will not have so much prisoner is because we are not in essence an individual society in our inner culture I see theses issues and you can disagree with me as a result of a very individualistic and selfish neo-capitalistic society. you can go back in our history and I challenge you to find suck a mass incarceration in our culture and by the way here in the US the mass incarceration and it is know is the product of BILL Clinton and is an economic/demographic policy.

      I cannot elaborate further as I am busy

      • Épée Dipanda

        Hihihihihi funny how when people are challenged on issues they become busy. Who send you for here?
        What is true is that in West Cameroons our Prisons were so well managed that they even had the opportunity to start and manage football teams. In La Republique did you ever hear of Prisons Nkondengui or Prisons Newbell football club?
        Nation wreckers!
        Ambazonia must be free.

  3. I love it when peoples debate ideas.

    Now in my opinion we should focus on what is of interest of our survival. This is not a survival topic for our society when we reach the other continents you referring to in your comment then we can talk about this. This rejoins my argument that a lot of what is thought in africa today has no application locally c ie cannot be practice because we want do like they do in the west thus missing a lot of steps within.

    The reason I believe africa will not have so much prisoner is because we are not in essence an individual society in our inner culture I see theses issues and you can disagree with me as a result of a very individualistic and selfish neo-capitalistic society. you can go back in our history and I challenge you to find suck a mass incarceration in our culture and by the way here in the US the mass incarceration and it is know is the product of BILL Clinton and is an economic/demographic policy.

    I cannot elaborate further as I am busy

  4. I would counter that the same reason “we” as in the USA have mass incarceration is the same reason almost everywhere it is socioeconomics like you alluded to. I would also argue that everyone cannot only concentrate on ” our survival ” all the time, the world is going to live us behind, because so much is happening so fast for us to just ” put all our eggs in one basket “. Good research is most often accomplished because the researcher is very interested and passionate about the subject. We all cannot be politicians or philanthropist, we’re all not born or have the ability or audacity to lead. However, we’re all gifted in different way to come up with different ideas that can lead to reform by others who have the gift to lead. But, we can always agree to disagree

    • Semantics…and pure bla bla bla the fact is that the mass incarceration in america was the result first of the white creating a system tp put blacks and hispanics in prison during segregation and later by Clinton who enacted specific law that was targeting black…

      Listen I can come out today with simple law in america that will put 90% of white in prison just study their way of life and take one simple things at the heart of their culture and make it unlawful and put the racism black peoples in the police to chasse them and you will see thia is what Clinton did….do not come here and create confusion..this research did nothing new..he probably again like you are educated copy and edited and existing report and what to claim titte we dont need this we have solutions to this …

  5. And by the way let me get back to my school days to tell you that as a panel judge I will not pass this mam research unless we say anything is subjectif…

    This is not how you conduct a reseach I gained nothing reading this..no attempt to propose solution or to enumerate the possible causes….no fish and bones process ….anyway as I say this man just put into writing what we all know i see nothing instructive in his recitation

    • Épée dipanda

      Pharaon, normally your useless and baseless comments are a distraction as we focus our energies on getting as far away from forest dwellers like yourself.
      Any enlightened individual will see that keeping 5 times more people in a prison is inhuman.
      Have the courage to ask yourself why there is no new bell or Nkondengui football club.
      West Cameroon had one in Prisons Buea….we treated our people well.
      Bow your head in shame and learn.
      Ambazonia will be free.
      Referendum now!

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