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Au Cameroun anglophone, le business des rapts et des rançons

Le Monde | Le conflit au Cameroun anglophone (4/5). Des élèves, des fonctionnaires, des chefs traditionnels ou des hommes d’affaires sont enlevés par les combattants, qui les libèrent parfois en échange d’argent ou de fusils.

Billy* est silencieux. Depuis deux heures, il ne répond à aucune question. Assis en tailleur sur une natte verte étalée dans la véranda d’une coquette maison du quartier Odza, à Yaoundé, le frêle sexagénaire reste prostré, le regard perdu. « Mon père est traumatisé. Depuis son kidnapping, il a complètement changé. Il passe parfois des heures sans parler », s’excuse Charles*, son fils aîné, cadre dans un ministère.

En octobre 2018, Billy a été kidnappé non loin de Kumba, dans la région anglophone du Sud-Ouest, au Cameroun. Cet agriculteur prospère, propriétaire de dizaines d’hectares de plantations de caoutchouc, de cacao, de plantains et de manioc, se rendait dans l’un de ses champs, situé à quelques mètres de son domicile, lorsqu’il a été capturé par des hommes armés se présentant comme des « ambas boys » (le surnom des séparatistes). Ces derniers l’ont alors conduit au cœur de la forêt, avant d’exiger une rançon de 15 millions de francs CFA (près de 23 000 euros) pour sa libération.

« Ils ont d’abord contacté l’un de mes oncles, au village, qui m’a aussitôt appelé, raconte Charles. J’étais au boulot. Ils ont dit que si on prévenait les forces camerounaises, ils le tueraient. J’avais déjà vu des photos de personnes exécutées après leur kidnapping. Je suis immédiatement rentré chez moi pour entrer en contact avec eux. »

Pour mettre en scène leur menace, les ravisseurs frappent son père. Charles entend ses cris et ses pleurs au téléphone. Pris de peur, il négocie. Lui et sa famille devront finalement réunir la somme de 2,1 millions de francs CFA pour faire libérer Billy. « Ils ont dit à mon père de me demander de quitter le gouvernement du Cameroun, qu’un anglophone comme moi ne pouvait pas travailler pour l’ennemi », relate Charles. Depuis, Billy et les rares membres de la famille restés au village se sont réfugiés à Yaoundé.

Kidnappé à trois reprises

La crise sociopolitique qui secoue depuis 2016 le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, les deux régions anglophones du Cameroun, s’est transformée depuis deux ans en un conflit armé entre les forces de défense et de sécurité camerounaises et les combattants séparatistes, qui réclament l’indépendance de cette partie du pays. Selon l’ONU, près de 530 000 personnes ont fui les violences pour se réfugier dans les forêts ou les régions francophones. Environ 30 000 sont passées au Nigeria et plus de 1 800 personnes sont mortes. Ceux qui restent courent le risque d’être tués ou d’être kidnappés par des groupes armés.

Entre novembre 2018 et juillet 2019, Le Monde Afrique a interrogé une vingtaine d’ex-otages ou des membres de leur famille.

Les hommes armés, se présentant comme des indépendantistes, kidnappent des personnes soupçonnées de travailler pour les forces de défense, des membres de l’administration camerounaise, des employés des entreprises publiques ou parapubliques, des chefs traditionnels, des élèves, des étudiants, des enseignants bravant le boycott des écoles imposé par les sécessionnistes, des hommes d’affaires, des hommes politiques, des humanitaires… La majorité paie des rançons.

« Ils ont kidnappé mon grand-père à trois reprises. Ils lui reprochaient d’avoir voulu coopérer avec les autorités », raconte la petite-fille d’un chef traditionnel de Kumbo (Nord-Ouest), réfugiée avec ses enfants à Douala. Lors du premier rapt, les ravisseurs exigent des fusils traditionnels et des munitions. Dans les chefferies traditionnelles camerounaises, certains notables possèdent en effet des fusils qui leur servent pour la chasse ou lors de cérémonies culturelles et funéraires. Dès l’intensification de la crise, les autorités ont demandé à tous les habitants de les leur confier, mais beaucoup les ont conservés.

« On leur a donné les armes et ils les ont libérés », poursuit la petite-fille du chef. La deuxième et la troisième fois, les séparatistes demandent respectivement 100 000 et 200 000 francs CFA. La famille se cotise et le chef est libéré. Les combattants lui ont interdit de quitter Kumbo.

Un professeur décapité

Certains commerçants, patrons de bar ou d’épiceries ont reçu l’ordre de ne pas servir les forces de défense et de sécurité. Pour leur avoir vendu des beignets, Mercy, une restauratrice basée à Mamfé (Sud-Ouest), a été enlevée pendant trois jours. « Nous avons payé 230 000 francs CFA pour libérer ma mère », témoigne son fils Danny, 27 ans, réfugié au quartier Madagascar, à Yaoundé, où il est conducteur de moto-taxi. Le jeune homme se bat pour faire venir sa mère et ses trois petits frères auprès de lui, « afin qu’ils reprennent l’école ».

L’éducation est en effet l’un des secteurs les plus touchés par les enlèvements. Depuis trois ans, des centaines d’élèves et étudiants ont déserté les classes dans les zones anglophones. D’après l’ONG Human Rights Watch (HRW), les séparatistes armés ont utilisé des écoles comme bases pour y installer des combattants, stocker des armes et retenir des otages.

« La plupart des cas de kidnappings que nous avons pu vérifier concernent des élèves ou des enseignants. Des centaines d’enfants ont été enlevés sur le chemin de l’école ou dans leurs bâtiments scolaires, souvent car ils ne respectaient pas la consigne séparatiste de boycotter les écoles », souligne Ilaria Allegrozzi, chercheuse à HRW. Des otages ont été torturés, blessés, certains amputés d’une main, des doigts. D’autres ont été tués, égorgés ou décapités. En mai, un professeur d’histoire-géographie de lycée a été décapité et sa tête déposée sur une avenue de Bamenda, la capitale du Nord-Ouest.

Certains leaders anglophones, basés à l’étranger, nient être les commanditaires de ces crimes. Ils accusent des « fake ambas » (faux séparatistes), instrumentalisés selon eux par les autorités pour leur causer du tort.

Montée en puissance

« La situation est devenue incontrôlable, explique une source sécuritaire à Bamenda. Même les chefs de la diaspora ne maîtrisent plus grand-chose et n’ont plus beaucoup d’influence sur leurs troupes sur le terrain. Les kidnappings sont quotidiens. Il y a tellement d’argent et de pouvoir en jeu que des groupes séparatistes se divisent. Certains créent leur propre groupe, et ainsi de suite. Nous les arrêtons, certains meurent au cours des combats, mais d’autres reviennent et continuent de kidnapper. »

S’il est difficile de dire avec exactitude comment les séparatistes dépensent l’argent des rançons, « on peut penser qu’il est utilisé pour se ravitailler, y compris en armes », dit Ilaria Allegrozzi, qui note que « leur capacité militaire est devenue plus importante ». La chercheuse explique que fin 2018, HRW a observé une montée en puissance des groupes séparatistes, à la fois en termes d’effectifs et d’armements. Fin juin, quatre policiers ont été tués dans l’explosion d’une mine au passage de leur voiture à Otu (Sud-Ouest).

« De plus en plus de jeunes garçons les rejoignent, pour l’idéologie mais aussi pour de l’argent, s’inquiète un sous-préfet de la zone. Ils sont de mieux en mieux organisés, mieux armés, avec des kalachnikovs, et opèrent même en pleine ville, sans peur. »

Le 28 juin, l’opposant historique John Fru Ndi, du Social Democratic Front, a été enlevé chez lui à Bamenda, en pleine journée, et conduit en brousse. Il y a passé plus de vingt-quatre heures, avant d’être libéré par des séparatistes qui sollicitent son soutien et demandent qu’il retire ses députés et sénateurs du Parlement. Deux mois plus tôt, le « chairman », aujourd’hui âgé de 78 ans, avait déjà été kidnappé pour les mêmes motifs, pendant près de sept heures, alors qu’il se rendait à l’enterrement d’un de ses députés à Kumbo. Les ravisseurs l’avaient alors extrait du véhicule du cortège dans lequel il se trouvait.

« Si rien n’est fait, on fera bientôt face à une rébellion avec plusieurs groupes armés, comme en Centrafrique ou en République démocratique du Congo, craint le sous-préfet. Il faut mettre fin à cette guerre inutile. » Sur le terrain, en pleine ville ou dans les villages reculés, les rapts se poursuivent.

*Les prénoms ont été changés à leur demande.

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9 comments

  1. Le Monde is a French newspaper
    France is the mastermind behind the Anglophone Question
    Little wonder, Le Monde is disseminating lies and half-truths.

    The truth of the matter is that 90% of the kidnappers in SC are members of the FAKE Amba boys created by the ex-convict called Atanga Nji.
    France and LRC are doing everything possible to keep Southern Cameroonians as their slaves. Misinformation is one of their weapons of choice.

    Only the COMPLETE, TOTAL, IRREVERSIBLE and UNCONDITIONAL separation from LRC can be considered as the sustainable solution to the Anglophone Question. Not decentralisation, not federalism, not the commission on bilingualism. Southern Cameroonians should, therefore, be prepared to fight for separation from LRC. LRC IS EVIL

    • ZERO SCHOOL RESUMPTION IN A GENOCIDAL ENVIRONMENT.

      LRC terrorist soldiers are perpetrating genocide in SC. School can therefore not resume. School children will be massacred by LRC terrorist soldiers.

      DO NOT SAY THAT YOU WERE NOT WARNED.

  2. What I find interesting about the ridiculous article by the shameless French paper is that they no longer refer to Amxba as a republique fantôme…
    I am also surprised that they now know that there is a Cameroun Anglophone….
    They are exposed and they must know that even if it takes us 100 years we will free ourselves from their grasp and vengeance unfortunately will be exacted.
    Now is the time for reason, the time to negotiate separation quietly and peacefully…car l’amour n’est pas forcé

  3. Misinformation can only go so far, n’est-ce pas, Issa Tchiroma?

  4. The SDF, can have the magic wand to stop Mr. Biya`s war, if they so wish it.
    But the chairman, having sold his birth rights long ago for crumps, is hardly
    decided. He, is sitting on the fence for too long, eventhough, his own people
    are dying. Why can`t you change your position for the sake of your own,
    Mr. Chairman. Money and position, is not what is more important than human
    blood. Think hard, Fru Ndi, you have forgotten your mission.

  5. Fru Ndi and Cardinal Tumi are playing with fire. In baseball, three strikes and you are out. Fru Ndi, when our boys lay hands on you the third time, you’ll be done.

  6. John Fru Ndi is a very confused person right now. He needs more sympathy that scolding.

    While President Biya is sending Minister Paul Nji Atanga to represent him at Sadou Hayatou’s funeral in Garoua,
    John Fru Ndi is going by himself to the funeral of a Limbe family swallowed by rat poison,
    in the process, getting a yellow card from the local traditional ruler!

  7. Focusing on the consequences of the conflict without it being on the causes won’t stop the struggle and spillage of blood by either sides. The blame tactics won’t win a war. All inclusive solutions will.

    Did the Anglophone crisis just appear like a ghost from out of the thick blue? What caused the outburst of violence. We need to focus on the how it came about to resolve it. This is what any person in his right mind should be thinking.

    The entire waste written above brings us no closer to a solution to the pernicious conflict and the war will just carry on and innocent people will continue to die and the fabric of the economy will continue to unravel as long as the dinosaurs in Yaounde have their mansions and expensive service cars and fat bonuses, all will be just fine!

  8. We are going to eliminated all the traitors “ ambasonia “ by force.

    If you don’t like it , pls move to Nigeria or go to Donald trump country nyamfuka, even there you still a traitor for the white men .

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