CAMEROUNONLINE.ORG | Alors que le Cameroun s’apprête à affronter le Malawi en finale de la WAFCON ce dimanche 16 août, un nom s’impose presque sans discussion : Michaely Bihina.
À 22 ans, la gardienne camerounaise est l’une des grandes révélations de la compétition. Décisive face au Nigeria en quarts de finale, elle a ensuite livré une performance exceptionnelle contre le Maroc, pays hôte, en arrêtant notamment un penalty en prolongation puis trois tirs au but lors de la séance décisive.
Forcément, les réseaux sociaux camerounais s’en sont emparés.
Depuis plusieurs jours, les mèmes et les moqueries se multiplient, opposant Bihina à André Onana. Certains demandent ironiquement au gardien des Lions Indomptables de « prendre des cours » auprès d’elle. Chaque nouvel arrêt de Bihina devient presque une nouvelle occasion de tourner Onana en dérision.
Mais cette comparaison cache une ironie importante.
Le parcours de Michaely Bihina n’est pas vraiment une histoire qui s’est construite contre André Onana. Au contraire, il croise directement un écosystème auquel Onana et sa fondation ont contribué.
Avant Benfica, avant Racing Power et avant ses exploits à la WAFCON, Bihina a évolué à Éclair de Sa’a, club camerounais de football féminin étroitement lié à la famille Onana et soutenu par la Fondation André Onana.
Son passage dans cet environnement lui a également permis de bénéficier de conseils d’André Onana lui-même, notamment sur certains aspects spécifiques du poste de gardien : la relance, la lecture du jeu et la prise de décision.
Bihina quittera ensuite le Cameroun pour le Portugal en 2022, où elle rejoindra Racing Power. Elle contribuera à la montée du club dans l’élite, sera ensuite distinguée parmi les meilleures gardiennes du championnat portugais, avant de rejoindre Benfica en 2026.
Il faut toutefois éviter un raccourci : le transfert personnel de Bihina vers le Portugal n’est pas documenté comme ayant été effectué via le partenariat avec Getafe.
En revanche, ce partenariat illustre parfaitement l’importance du système mis en place autour d’Éclair de Sa’a.
En 2023, la Fondation André Onana a officialisé un partenariat entre Éclair de Sa’a et CD Getafe Femenino, en Espagne, avec un objectif clair : offrir à de jeunes footballeuses camerounaises une passerelle vers le football européen.
Plusieurs joueuses camerounaises ont déjà emprunté cette voie.
L’exemple le plus spectaculaire est celui de Achta Toko Njoya, elle aussi passée par Éclair de Sa’a et aujourd’hui coéquipière de Bihina en sélection nationale. Grâce à cette passerelle, elle a rejoint Getafe en Espagne, poursuivi son développement avant d’intégrer le Real Madrid, où son ascension l’a conduite jusqu’aux portes — puis au groupe — de l’équipe première.
D’autres joueuses camerounaises ont également bénéficié de ce corridor entre Sa’a et l’Europe.
Et c’est précisément ce contexte qui mérite d’être rappelé aujourd’hui.
Cela n’enlève absolument rien au mérite de Michaely Bihina.
C’est elle qui réalise les arrêts. C’est elle qui travaille. C’est elle qui a gagné sa place en Europe. Et c’est elle qui porte aujourd’hui les espoirs du Cameroun dans cette WAFCON.
Mais le développement d’une carrière sportive n’est presque jamais l’œuvre d’une seule personne.
Derrière une gardienne qui brille devant des millions de téléspectateurs, il y a souvent un club qui lui a donné sa chance, des entraîneurs qui l’ont formée, des joueurs expérimentés qui lui ont transmis des conseils et des structures qui ont essayé de créer des opportunités au-delà des frontières camerounaises.
Alors oui, profitons des mèmes Bihina-Onana.
Mais n’oublions pas l’ironie de l’histoire : au moment où Internet utilise Michaely Bihina pour se moquer d’André Onana, une partie de l’écosystème soutenu par Onana a justement contribué à créer l’environnement dans lequel elle a grandi — et continue aujourd’hui d’ouvrir des portes européennes à d’autres Lionnes Indomptables.
Parfois, la meilleure histoire n’est pas de savoir qui mérite d’être moqué.
C’est de comprendre qui a contribué à construire le chemin.
