Cameroun: un prêtre comparait devant la justice militaire

La Croix | Accusé d’avoir collaboré avec les séparatistes, le père Sylvester Ngarba Nsah, curé de la paroisse Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, Vekovi dans le diocèse de Kumbo, a encore été arrêté par des militaires, pour la deuxième fois, le 4 juin et envoyé à Bamenda.
Il a ensuite été libéré sous caution avant de comparaître devant la justice militaire le 8 juin.
Le Réseau des défenseurs des droits Humains en Afrique Centrale (Redhac), « préoccupé par la recrudescence des menaces et représailles à l’encontre des Défenseurs des Droits Humains, avocats, journalistes, religieux » a dénoncé, le 8 juin, l’arrestation du père Sylvester Ngarba Nsah, prêtre du diocèse de Kumbo, dans le nord-ouest du Cameroun. Arrêté le 4 juin, après une première arrestation deux semaines plutôt, le prêtre a été détenu par les militaires à Bamenda puis libéré sous caution et hébergé à l’archevêché de Bamenda en attendant sa comparution devant une juridiction militaire qui a débuté le 8 juin.

« Ce même prêtre a été plus de deux fois arrêté et torturé par les « Amba Boys » pour avoir osé ouvrir l’école catholique de Vekovi » a précisé le diocèse de Kumbo, dans un communiqué daté du 4 juin.

Au Cameroun, un prêtre accusé de collaborer avec les séparatistes

Accusée par les deux protagonistes

La situation du père Sylvester Ngarba Nsah prouve bien la délicatesse de la mission de l’Église catholique dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest au Cameroun. Alors que les affrontements entre l’armée et les troupes séparatistes ont fait plusieurs centaines de morts et des milliers de déplacés depuis 2016, les deux protagonistes accusent tour à tour l’Église d’être partisane.

« Il arrive que les séparatistes nous accusent d’être proches du gouvernement et que le gouvernement aussi nous accuse d’être proches des séparatistes », expliquait à la Croix Africa Mgr Andrew Nkea, archevêque de Bamenda dans une interview publiée en janvier 2021. « Ce qui est sûr, c’est que l’Église est entre le marteau des séparatistes et l’enclume de l’armée punitive du régime Biya », commentait, pour sa part, le prêtre jésuite Ludovic Lado dans une enquête publiée en décembre 2018 par La Croix Africa. « D’un côté, les séparatistes lui reprochent de rouvrir les écoles pour affaiblir la résistance, tandis que le régime la soupçonne d’afficher des sympathies pour les séparatistes. » A lire: Au Cameroun, « l’Église est entre le marteau des séparatistes et l’enclume de l’armée »

Courant 2017, une plainte avait été déposée en justice contre l’épiscopat anglophone par un groupe de parents d’élèves – composé notamment de deux officiers de l’armée camerounaise – qui demandait des compensations pour le manque à gagner pour les jours d’école manqués par leurs rejetons. La plainte avait été abandonnée parce que les évêques sont allés à la barre, accompagnés de nombreux chrétiens, ce qui avait poussé le juge à ajourner puis à suspendre le procès.

Enlèvements

De plus, les enlèvements de prêtres sont légion dans cette partie du Cameroun. Le 22 mai 2021, le père Christopher Eboka, directeur de la communication du diocèse de Mamfé, dans le sud-ouest du Cameroun, a été enlevé par des séparatistes et libéré 10 jours plus tard, le 1er juin. Le 23 novembre 2018, quatre religieux de la congrégation des fils du Cœur Immaculé de Marie – plus connus sous le nom de clarétains – avaient été enlevés avec leur chauffeur. Selon un de leurs proches, contacté par La Croix Africa, ils ont été retenus pendant quatre jours et torturés par un groupe qui les soupçonnait d’être « des espions de Yaoundé ».
Les évêques n’ont pas été épargnés par ces enlèvements. Le cardinal Christian Tumi, le défunt archevêque émérite de Douala et principal médiateur de cette crise, a été enlevé à deux reprises. D’abord les 5 et 6 novembre 2020, ensuite le 30 janvier 2021. Mgr Michael Miabesue Bibi, actuel évêque de Buea dans le Sud-Est avait été enlevé les 5 et 6 décembre 2018, il était alors évêque auxiliaire de Bamenda, dans le Nord-Ouest. En juin 2019, le désormais archevêque émérite de Bamenda, Mgr Cornelius Fontem Esua, avait aussi été enlevé et deux mois plus tard, Mgr George Nkuo évêque du diocèse de Kumbo (nord-ouest) avait subi le même sort.

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