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Clarence Seedorf, un profil qui continue d’interroger

Jeune Afrique | La nomination du Néerlandais Clarence Seedorf (42 ans) au poste de sélectionneur des Lions Indomptables a beaucoup surpris au Cameroun, qui se déplacera aux Comores le 8 septembre en match amical. À moins d’un an de la CAN 2019 que le pays organisera, le choix interpelle.

Le Cameroun fait rarement les choses comme tout le monde, et il l’a une nouvelle fois prouvé en attendant le 4 août dernier pour se trouver un sélectionneur, près de huit mois après le départ du belge Hugo Broos, champion d’Afrique en 2017, et l’intérim d’Alexandre Belinga lors des matches amicaux face au Koweït (3-1) et au Burkina Faso (0-1).

Mais le timing n’a même pas étonné André Kana-Biyik, l’ancien milieu défensif des Lions (42 sélections). « La logique aurait voulu qu’on nomme un coach au moins un an et demi avant le début de la CAN, durant laquelle il y aura une pression énorme car la sélection jouera à domicile. Cela afin de lui laisser le temps de connaître ses joueurs, de mettre un système en place. Mais également de s’imprégner du contexte local et du foot africain. »

André Kana-Biyik : « Seedorf va devoir s’habituer au contexte particulier du Cameroun »

Si la désignation tardive de Clarence Seedorf, qui sera accompagné de son ex-coéquipier et ami Patrick Kluivert (42 ans), ne l’étonne pas eu égard aux habitudes locales, l’identité du nouveau patron technique des Lions le laisse dubitatif. « C’est le cas de beaucoup de Camerounais… Seedorf fut un très grand joueur, passé par les plus grands clubs européens (Ajax Amsterdam, Real Madrid, Inter Milan, AC Milan), mais il n’a que très peu d’expérience d’entraîneur (AC Milan, Shenzhen FC, La Corogne), où il n’a pas eu de résultats probants. Il ne parle pas français, il n’a jamais entraîné en Afrique, il ne sait sans doute pas grand-chose du football camerounais et africain, et il va devoir s’habituer au contexte très particulier du pays… C’est un choix risqué. Mais en tant que Camerounais, j’espère que cela fonctionnera. Tout dépendra si les joueurs adhéreront ou non au discours de Seedorf », ajoute Kana-Biyik.

Au printemps dernier, la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), pilotée par un comité de normalisation présidé par Me Dieudonné Happi, un ténor du barreau de Yaoundé, avait lancé un appel à candidatures. Les CV avaient afflué en nombre, jusqu’à ce qu’une short-list, où figuraient les noms des Français Alain Giresse et Philippe Troussier, de l’Allemand Antoine Hey, du Portugais Carlos Queiroz et du Gallois John Toshack, soit divulguée. « Et finalement, c’est Seedorf qui a été choisi, alors qu’il n’avait pas postulé. Pas plus que le Suédois Sven-Göran Eriksson, reçu à Yaoundé », intervient une source locale.

SI LE CHEF DE L’ÉTAT N’A PAS PRIS LA DÉCISION, IL L’A AU MOINS VALIDÉE

« Alain Giresse était bien vu au Cameroun. Sauf que ceux qui ne voulaient pas de lui ont rappelé qu’il n’avait rien gagné en tant que sélectionneur du Gabon, du Mali et du Sénégal, et que dans ce dernier pays, ses relations avec la presse étaient très mauvaises. Pourtant, Giresse avait des partisans, y compris au plus haut sommet de l’État », poursuit cette source. « Si le chef de l’État n’a pas pris la décision, il l’a au moins validée. Chez nous, on a l’habitude de dire que rien ne se fait sans l’aval de Paul Biya », ironise Kana-Biyik.

L’influence de Samuel Eto’o, le rôle de la présidence

Le président Paul Biya avait délégué le suivi de ce dossier toujours sensible à Ferdinand Ngoh Ngoh, le secrétaire général de la présidence de la République, et à Pierre Ismaël Bidoung Kpwatt, le ministre des Sports. Et c’est ce dernier qui a annoncé que le choix s’était porté sur le duo Seedorf-Kluivert lors d’une conférence de presse, alors que ce genre d’annonce doit revenir au président de la fédération. Mais pas au Cameroun…

SAMUEL ETO’O A JOUÉ UN RÔLE PLUS IMPORTANT QUE CELUI DE SIMPLE CONSULTANT », SELON KANA-BIYIK

« Dieudonné Happi préférait Sven-Göran Eriksson. Mais dans ce processus de nomination assez étonnant, Samuel Eto’o a joué un grand rôle. Autrement plus important que celui de simple consultant. C’est un ami de Seedorf et il a fait du lobbying en sa faveur. Et Seedorf, qui ne connaît pas le Cameroun, sera plus facilement contrôlable, notamment par la Fecafoot et son président. Je suis persuadé que Seedorf n’a pas fait tout seul la liste pour le match face aux Comores le 8 septembre», reprend Kana-Biyik. Comme pour mieux rappeler qu’au Cameroun, un sélectionneur a rarement les mains libres. « Seedorf va devoir composer avec les interférences de la Fecafoot, des politiques, de certains agents », souligne l’un d’eux.

LE CAMEROUN A TENDANCE À FAIRE PRESQUE TOUJOURS CONFIANCE AUX TECHNICIENS ÉTRANGERS ET À NÉGLIGER LES LOCAUX », INDIQUE ALPHONSE TCHAMI

Tchami : « On ne fait pas grand-chose pour les anciens internationaux »

L’ancien attaquant Alphonse Tchami (57 sélections), passé notamment par Odense (Danemark), Boca Juniors (Argentine) et le Hertha Berlin (Allemagne) et qui réside à Yaoundé, se pose la même question que la plupart de ses compatriotes. « Le dossier Hugo Broos, qui faisait du très bon travail, aurait pu être géré autrement. Et qui a vraiment pris la décision de nommer Seedorf ? On ne sait pas vraiment, mais c’est forcément politique, et cela vient de la présidence de la République. Au Cameroun, aucun sélectionneur n’est choisi sans l’accord de celle-ci. Ce qui est évident, c’est que Samuel Eto’o a joué un rôle. Mais pourquoi, alors qu’il est souvent consulté, on ne lui donne pas davantage de responsabilités au sein de la sélection ? », s’interroge l’ex-international.

Lequel, sensible au profil d’Alain Giresse, milite également pour que les entraîneurs locaux soient mieux considérés. « On a beaucoup d’anciens joueurs internationaux qui pourraient aider le football camerounais. Mais on ne fait pas grand-chose pour eux, au niveau de la formation par exemple. Le Cameroun a tendance à faire presque toujours confiance aux techniciens étrangers et à négliger les locaux. Je pense à Rigobert Song, qui a été le capitaine des Lions et a entraîné la sélection locale, lors du dernier championnat d’Afrique des nations (CHAN). Mais il y a un manque de volonté politique évident. Si le gouvernement ne veut pas plus s’intéresser aux anciens internationaux camerounais qui aimeraient entraîner, rien ne bougera… »

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