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Le gouvernement démet de ses fonctions un chef coutumier de l’opposition

Au Cameroun, un chef traditionnel a été destitué de ses fonctions par le ministre de l’Administration territoriale. Il est reproché à sa Majesté Paul Marie Biloa Effa “l’instigation et l’incitation à l’insurrection, l’insubordination et la participation à une manifestation interdite”.

Sa Majesté Paul Marie Biloa Effa lors d’une assise du MRC dans le département du Mbam et Inoubou, à Yaoundé. (Crédit photo/MRC)

Le chef traditionnel démis de ses fonctions est, par ailleurs, conseiller spécial de l’opposant Maurice Kamto, président du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun. Sa destitution est diversement appréciée dans le pays.

“C’est un acte supplémentaire d’ostracisme, de brimade de l’administration vis-à-vis du MRC et de ses militants”, a réagi sans ambages Thierry Okala Ebode, trésorier-adjoint du MRC.

Il entrevoit des mobiles politiques derrière cette décision gouvernementale et manifeste un soutien indéfectible à son camarade de parti au lendemain de sa destitution comme chef traditionnel Mvog-beti à Messa nkoa-Ba’a, dans le deuxième arrondissement de Yaoundé.

“Sa Majesté n’a pas été condamnée par la justice pour participation à une manifestation illégale, donc le ministre Atanga Nji ne peut pas utiliser cet argument pour le destituer. C’est un acte illégal, qui nous conforte dans l’idée que, Sa Majesté Biloa Effa est victime d’une démarche de répression que subissent le MRC et ses militants”, pense Thierry Okala Ebode.

Le 1er juin dernier, le chef Biloa Effa, avait pris part à Yaoundé à une marche interdite pour dire “non au hold-up électoral”. Interpelé, il a passé 47 jours de garde à vue avant d’être libéré.

Une telle implication d’une autorité traditionnelle dans les activités d’un parti politique est contraire à la loi. “Tout un chacun peut militer dans n’importe quel parti politique, même quand il est chef traditionnel”, soutient Patrice Ondondo militant du rdpc, le parti au pouvoir

Mais nuance-t-il, “en tant qu’auxiliaire de l’administration, un chef traditionnel ne doit pas outrepasser un certain nombre de missions. Monsieur Biloa Effa ayant épousé la logique insurrectionnelle, l’insubordination à l’administration, ne pouvait qu’être destitué”, a ajouté Patrice Ondondo, qui est lui-même chef de village.

D’ailleurs, il affirme que “le ministre est dans son droit parce que la loi lui a confié le pouvoir de destituer les chefs traditionnels de troisième degré”. Mais les spécialistes du droit ne s’accordent pas sur la légalité de la décision du ministre de l’Administration territoriale.

“Le chef traditionnel de troisième degré est désigné par le Préfet, le ministre était-il compétent pour le destituer?”, s’interroge l’avocat Jean-Marie Nouga.

Selon lui, “la réponse est négative”. Car poursuit-il, “les chefs traditionnels sont désignés par leurs populations en fonction d’un processus traditionnel qui est prévu par la loi de sorte que l’acte qui les désigne est une homologation à laquelle le ministre ou le préfet est étranger”.

Selon l’article 29 de la loi du 15 juillet 1977, portant organisation des chefferies traditionnelles, en cas de faute dans l’exercice de ses fonctions, un chef traditionnel encourt des sanctions pouvant aboutir à sa destitution. Cet article fait entorse au bon fonctionnement du droit coutumier.

D’après Mahamadou Talba, militant de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès, “le ministre va-t-il désigner un autre par arrêté? Ceux qui selon la tradition ont désigné Sa Majesté Biloa Effa Chef, vont-ils accepter de le remplacer parce que c’est le ministre qui le leur a proposé?”

Paul Atanga Nji, ministre de l’administration territoriale, à Yaoundé, le 29 juin. (Crédit photo/MRC)

Depuis sa désignation comme ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji est régulièrement accusé certains partis de l’opposition d’entretenir un climat tendu. Ce que dément ce dernier, “il n’y a pas de climat tendu entre les partis politiques et nous, nous encadrons l’activité des partis politiques pour préserver l’intérêt des populations”.

“Nous avons des problèmes lorsque des gens veulent perturber l’ordre public, lorsque les gens ont pour sport favori de défier l’autorité de l’Etat en ce moment, vous allez croiser toute la rigueur de la loi”, précise M. Atanga Nji.

Les avocats du MRC entendent attaquer la décision de destitution de Paul Biloa Effa comme chef traditionnel, a confié un cadre du parti à VOA Afrique. Pour l’heure, le concerné et ses administrés gardent le mutisme.


Emmanuel Jules Ntap

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3 comments

  1. Well done Atangana Nji…..if you think you can joke with traditional chiefs, wait and see.

    Kamtophobia is taking its toll on you CPDM guys.

    Why such a gratuitous humiliation of a traditional chief? Was it necessary?

    You guys made Kamto popular to the extent that some of us who knew him just coz of the Bakassi crisis are now coming to his defence. You can’t just decide to scapegoat a PATRIOT and you go with it free, no matter his TRIBE…

  2. The president of Cameroun is omnipotent but not omnipresent. To fill the void, he appoints and scatters “Sous-prefets” also known as “Chefs de Terre”.
    A “sous-prefet” makes sure no other political party than the CPDM is seen or heard on the ground. A “sous-prefet” disciplines and humiliates a classroom teacher right in front of his pupils, so that they know who calls the shots. The “sous-prefet” eclipses and silences traditional rulers, bishops and archbishops, putting them where they belong.

  3. The men of God in that country, have refused to stop the killings etc.

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