Paul Biya, le fédéralisme, la crise anglophone… Rencontre avec Paul Ayah Abine, infatigable défenseur du droit

Jeune Afrique | Autrefois membre du RDPC, le parti du chef de l’État, l’ancien magistrat a connu les pressions et la prison. Officiellement retiré de la politique, il demeure convaincu qu’anglophones et francophones peuvent cohabiter au sein d’un État fédéral.
En ce début du mois de mai, au pied des collines crevassées qui entourent le mont Cameroun, Buea semble presque avoir oublié les quatre années de violences qui ont opposé les groupes séparatistes anglophones aux forces de défense camerounaises. Dans la capitale de la région du Sud-Ouest, les commerces de Great Soppo ont rouvert, crachant sans discontinuer des airs de musique nigériane pour attirer une clientèle enfin de retour, et des embouteillages engorgent de nouveau Malingo Junction, au centre de la ville.

C’est dans cette enclave sécurisée au cœur d’une région en crise que Paul Ayah Abine, 71 ans, s’est installé depuis sa sortie de prison, le 30 août 2017. Il aura passé près de huit mois derrière les barreaux à Yaoundé pour avoir plaidé en faveur du fédéralisme, avant d’être libéré par décret présidentiel. Lunettes juchées sur un visage marqué par le poids de l’âge et des épreuves, l’ancien magistrat reçoit au siège de Justice for All, un cabinet d’assistance juridique qu’il a ouvert dans le quartier Bomaka, dans l’est de la ville.

Paul Ayah Abine « ne partira jamais »

Alors qu’une partie des figures du mouvement anglophone a préféré s’exiler face aux pressions de Yaoundé, à l’instar du député Joseph Wirba ou de l’avocat John Fru Nsoh, Paul Ayah Abine assure qu’il « ne partira jamais ». Malgré un passage par la case prison, dont il a conservé des séquelles, telle cette surdité de l’oreille droite, il veut continuer à faire entendre cette communauté linguistique qui dénonce sa marginalisation par le pouvoir central.

« La situation sur le terrain s’enlise­ », martèle-t-il d’une voix enrouée, évoquant les incidents qui ensanglantent régulièrement les provinces du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, caractéristiques d’un environnement sécuritaire toujours instable. Il cite, pèle-mêle, l’incendie de la résidence du sous-préfet de Muyuka, l’attaque d’un rassemblement religieux à Kumbo, le kidnapping de quatre agents communaux dans le Bui et du chef du centre de désarmement, la démobilisation et la réintégration de Bamenda, les opérations villes mortes lancées à Mamfé et Ekok et les innombrables attaques aux engins explosifs improvisés qui endeuillent les rangs de l’armée…

Les années de conflit n’ont pourtant pas altéré sa conviction que francophones et anglophones peuvent cohabiter pacifiquement au sein d’une République fédérale qui comprendrait dix États, en lieu et place des dix régions administratives actuelles. Ces propos ont valu à cet ancien militant du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir), qui a un temps siégé au Parlement et à la Cour suprême, l’ire de ses anciens amis du régime. Il y a eu la prison, bien sûr, mais aussi «[ses] comptes bancaires bloqués sans raison », sa pension de retraite qui ne lui est plus versée malgré quatre décennies à exercer comme magistrat… Alors, bien qu’il conserve dans son bureau des photos sur lesquelles il pose avec le président Paul Biya, avec l’ancien Premier ministre Ephraïm Inoni et et avec d’autres barons du pouvoir, Paul Ayah Abine assure avoir définitivement « pris [ses] distances avec la politique ».

Mais comment cet ancien allié de Yaoundé est-il devenu l’un des principaux visages de la contestation anglophone ? Diplômé de l’université fédérale de Yaoundé en 1976 et de l’École nationale d’administration et de magistrature (Enam) en 1978, Paul Ayah Abine fait partie du cercle restreint des hauts cadres de l’administration camerounaise dès les premières heures de la présidence de Paul Biya. Ambitieux, le natif d’Akwaya, dans le département de la Manyu (Sud-Ouest), passe les vingt premières années de sa vie professionnelle à gravir les échelons au sein du corps de la magistrature. Au début des années 2000, il est le vice-président de la Cour d’appel du Sud-Ouest.

Au service d’Akwaya

En marge des élections législatives et municipales de 2002, les populations d’Akwaya le sollicitent pour les représenter au Parlement. Son mandat est clair : « Je devais me servir de ma position à Yaoundé pour œuvrer à désenclaver une région oubliée des politiques publiques. » Ses électeurs en sont convaincus, il a le profil de l’emploi. Le magistrat accepte alors de troquer sa toge pour l’écharpe de député. « Akwaya à cette époque ne disposait d’aucune route. La seule acceptable était celle qui reliait la localité au Nigeria. Nous n’avions que deux centres de santé et que deux écoles », se souvient-il.

Mais dans l’hémicycle, les choses ne se passent pas comme prévu. À près de quinze reprises, il demande à être reçu en audience par président de la République pour plaider en faveur de sa communauté. Une seule de ces requêtes aboutira, en 2010, mais le député se verra proposer une rencontre avec… Belinga Eboutou, à l’époque directeur du cabinet civil de la présidence. Aujourd’hui encore, Akwaya est l’une des communes les plus enclavées du Cameroun. Cette frustration est-elle la cause de son basculement ?

En 2008, Paul Ayah Abine surprend l’opinion en s’opposant à la modification de la Constitution visant à abroger la limitation du nombre de mandats présidentiels pour permettre à Paul Biya de se représenter en 2011. « Personne ne m’a compris lorsque j’ai mené cette campagne, en dépit de toutes les menaces, raconte-t-il. Je pense que cet amendement nous a fait faire un bond de deux cents ans en arrière et je suis convaincu que tout ce qui arrive aujourd’hui ne serait pas arrivé sans cette modification de la Constitution. » Dans la foulée, il démissionne du RDPC, crée le Peoples Action Party (PAP) et présente sa candidature à la présidentielle d’octobre 2011 – il obtiendra 1,26 % des suffrages.

Défiance de Yaoundé

Cet affront ne dissuade pas Paul Biya de le nommer à la Cour suprême trois ans plus tard. Mais en 2016, lorsque les rues de Buea et de Bamenda grondent, Yaoundé ne cache plus sa défiance à l’égard de cette personnalité qui avait fait campagne autour du fédéralisme en 2011. Le 21 janvier 2017, Paul Ayah Abine est arrêté et placé en détention au secrétariat d’État à la défense (SED), ce en dépit de l’immunité que lui confère son statut de magistrat.

Aurait-il dû accepter d’atténuer son discours ? N’a-t-il pas mis le feu aux poudres alors que la situation menaçait d’être incontrôlable ? « Ce sont les avocats et les enseignants qui ont engagé la revendication, se défend-il. Je n’ai jamais été membre du Consortium des anglophones de la société civile. Je leur avais demandé d’ouvrir cette plateforme aux politiques comme moi afin que des questions telles que le fédéralisme puissent être posées sur la table, ce qui n’a pas pu se faire. »

Malgré la prison, Paul Ayah Abine n’a pas changé d’avis. « Pour moi, si l’on s’en tient au droit, les deux Camerouns n’ont toujours pas été réunis. La résolution 1608 des Nations unies du 21 avril 1961 stipule que le Southern Cameroon obtient son indépendance, mais qu’il doit finaliser un accord de gouvernance avec la Grande-Bretagne et avec la République du Cameroun. Cela n’a jamais été fait », insiste-t-il.

Paul Ayah Abine sait que ses propos fâchent, mais n’entend pas dévier de la ligne qu’il s’est fixée. Il veut croire en la possibilité d’un règlement pacifique de cette crise. « Tous les conflits finissent autour d’une table de négociation. Pourquoi se faire la guerre ? Je ne promeus pas la violence. Mais si le gouvernement se trompe, je le dirai ; si ce sont les autres, je le dirai aussi. La loi doit toujours primer. »

Check Also

Angola and Cameroon to meet in African Women’s Handball Championship final

Inside The Games | Angola and Cameroon will meet in the final of the African …

18 comments

  1. Mr. Ayah Paul Abine, you miss the point with your federalism stance. Once again,
    you as a reliable elite of your people, is going to sell them over this time around,
    to LRC and France. I am very aware, that deep in you, you know this. But fear to
    pay a great price for this, makes you a hypocrate. This, is so sad about you. As a
    learned lawyer and christian, you have failed woefully and should be considered an
    outcast by your people. Don`t think, that there are illitrates in your Akwaya origin,
    who don`t know you are not trustworth. So sad of you, Mr. Magistrate, PAP former
    president and an Anglophone elite. Religion wise, you have to repent.

    • brother everyone has a right to his or her own opinion. if he wants federalism fine. we kill ourselves as anglophones because we do not want to listen to the opinion of others.

  2. Federalism and zero armistice to Diasporans is the only outlet to this crisis. Should any Diasporan dare enter CMR thereafter, s/he must be arrested with immediate effects and of course be given cold water garri without any sugar. As a matter of facts…

    • @Zam make your point clear. The other day you were after Mbappe for bringing up federation now you are ranting for federation. You talking about armistice not given to the diaspora like you would be consulted or like your opinion will count. Sometimes you give the impression that you master Cameroon but clearly you don’t and better ask your guru Kamto to account for the 2billion he’s stolen from survival initiative.

      • I’ve never been against federalism, oboi….my write-ups were truncated by that tribalist called Mbappe.

        Back to discussion!

        Just imagine somebody like Tataw or Cho being granted armistice, do u know what that will cause to the healing process of those folks whose body parts were chopped off? No, Diasporans have long proven their worth through their bestiality. Folks that have fashioned their brains to think only in one direction can never change. NEVER!

        Their involvement in any peaceful dialogue will only backfire. Imagine having Cho in front of you and you explain to him that federation if well done could be seen as a kinda autonomy. If Cho doesn’t stand up and bash a chair on ur head, call me mad.

        How can one welcome such folks back home?

        Zero armistice for such folks…

        • Idiottt!! Smelly tongtuh Bambe . There will be no federation. Our bombs are getting bigger. We will soon upgrade to C4-Bombs. One option! Pack up and leave. We are fighting today because lazy Tumi and cowed out. Don’t open your rotting smelly pursy mouth and pretend you can tell us what to do. Macquizard.

        • @Zam so by diasporans you mean any Cameroonian living and working out of Cameroon? Everyone? You are sick

        • @Brunstik,

          by Diaporans I mean L’ennemi.e and his likes…

        • Short man,

          you have been bragging about your bombs for 4years today, yet you cannot return to Pinyin.

          Cam coté sey you no go ever see Pinyin again?

          Short Bamboutous descendant…

  3. ZAM

    LOL YOU RE THE MAN .

    you will never ever negotiate .Long lives lrc

  4. Cameroon is one and indivisible. Amba killing themselves. Highest degree of madness say ambazonia.

  5. @Zam-Zam This is the more reason why we can’t live with u people .U officially created an apartheid CMR in 1972 through a constitutional coup d’etat and u are blaming Cho Ayaba for standing up to u and ask u to fix the mess? If the Fonchas and Munas did’nt have the balls to face u,this generation of Ayuk Tabe,Cho Ayaba and Co,have.Who are u to say,who should step foot in CMR and who should’nt?as if it is your choice to make.If there are people who should leave CMR,it should be the CPDM crime syndicates who created this problem.Do u think the SC problem is some kind of Nigeria-Biafra war?no it isn’t The SC problem is about an illegitimate president to anglophone Cameroonians, called Biya Paul, who is using direct rule and policy of assimilation to govern anglophones in their own country.

    • @ Kongosa,

      “If the Fonchas and Munas did’nt have the balls to face u,this generation of Ayuk Tabe,Cho Ayaba and Co,have”

      Kikikiki, were they kiddies?

      Foncha did a BIG mistake by opting to join LRC, he should have listened to Endeley and allowed NGR to engulf SC, since they were only 2 options on the table. Ayaba Cho and his short self should have have been facing Boko Haram today.

      Hahahaha, your mov’t’s ideology never ceases to amaze me.

      It is either your leaders have got no brains or they are simply blind. I think the latter is truer than the former.

      You think you’re wiser than Foncha and Muna?

      The Biafra mov’t would soon discover with whom they are flirting with…

  6. @Zam-Zam U have been singing about Kamto in this forum.How he is the best man to lead Cameroon and solve the multiple problems we have.Just take a look at the financial scandal hanging over his head,concerning Survie Cameroon.

    • Kongosa,

      You have finally crawled out of your odeshi cave to pollute the air. Welcome oh. How is the journey to Buea? Or motor don crash? Lol.

      I lost my appetite last night after seeing images of more of your boys roasted by your bombs.

      The ancestors will continue to punish you for the darkness you, Sesekou, Sako, Tataw, Bara, Tapang, Cho etc have brought to that land.

      Wuna never see nothing.

  7. @Zam-Zam “If the Fonchas and Munas did’nt have the balls to face u,this generation of Ayuk Tabe,Cho Ayaba and Co,have”

    Kikikiki, were they kiddies?….Of course they were kiddies.They were not men enough.If they were men enough,they were the ones who were suppose to fight this war,not the Ayuk Tabes and Cho Ayabas.From the time LRC started planning that constitutional coup d’etat in 1972,Foncha should have started mounting his arsenals to defend homeland,but they did’nt.And today,LRC have given us successive francophone supremacists for presidents.

  8. @Brothajoe ” How is the journey to Buea? Or motor don crash? Lol”….Ha ha ha.I think the question should have been for you to answer how the journey to maintain Cameroon as a unitary centralised state gone,since this crisis broke-out in 2016? are u succeeding in maintaining Cameroon as a unitary centralised state since 2016? becos I am seeing a failed state of LRC that has lost control of the anglophone regions.Their military there is a military of occupation.Let them enjoy the occupation while it last.
    From what I know about war,a person winning a war and on a position of strength cannot ask for dialogue from his oppenent.The fact that LRC has approached Ayuk Tabe for dialogue about two times,it means they are losing grip and control of SC and are losing the war.

  9. @Brothajoe Even the fake National Dialogue that u organised 2 years ago,U are still to implement the recommendations from the National Dialogue.A sign that u don’t even believe in your own recommendations.A sign that regional councillors cannot even function in SC.I have heard some regional councillors in SW and NW complaining that they are still waiting for Y’de to give them money for them to start work.I fill sorry for them becos Y’de does not have money.Even if they have,they won’t give them becos they know it would be a waste so long as the war is ongoing.Y’de is just playing to the gallery.
    Remember,when this crisis started,Biya said that the form of the state is non-negotiable.I want to see how your journey to maintain Cameroon as a unitary centralised state will end…Anuofia