CameroonOnline.ORG | Pendant des générations, le football camerounais a été bien plus qu’un simple sport : c’était un puissant facteur d’unité. Dès que les Lions Indomptables foulaient la pelouse, les barrières tribales, linguistiques et géographiques s’effaçaient. Nous ne formions plus qu’un seul peuple, derrière un seul drapeau.
Pourtant, selon la légende du football africain et double champion de la Coupe d’Afrique des Nations, Joseph-Antoine Bell, cette unité et cette quête de l’excellence sont aujourd’hui en péril.
Dans un récent épisode de l’émission Road to CCFNA sur Africa Today TV, l’emblématique ancien gardien de but s’est confié sur l’évolution du football, la fierté nationale et le prochain Festival Culturel Camerounais de d’Amérique du Nord (CCFNA), qui se tiendra du 29 au 31 mai à Washington, D.C.
Découvrez l’intégralité de cette interview exclusive dans la vidéo ci-dessus.
Le football ne commence pas sur le terrain
Interrogé sur les différences marquantes entre les générations dorées de son époque et l’équipe nationale actuelle, Joseph-Antoine Bell a tenu à corriger une idée reçue : nous nous focalisons trop sur les joueurs, au détriment de l’environnement qui les façonne.
« Le football ne commence pas avec les footballeurs », explique-t-il. « Il y a tellement de choses qui se passent bien avant d’arriver sur le terrain. »
L’ancien gardien se souvient avoir grandi à une époque habitée par l’esprit de l’indépendance, de la dignité et de la fraternité nationale. Ces valeurs partagées lui ont inculqué, ainsi qu’à ses coéquipiers, un profond sens des responsabilités dès qu’il s’agissait d’arborer le maillot tricolore.
Aujourd’hui, la réalité est tout autre. Une grande partie de l’effectif actuel est composée de joueurs nés, élevés et formés à l’étranger. Pour Bell, attendre un patriotisme automatique de la part d’athlètes qui n’ont pas ce lien historique avec le pays — sans rien faire pour les y préparer ou les accompagner — relève d’une défaillance systémique.
« Les dirigeants sont responsables des échecs »
Plutôt que de blâmer la nouvelle génération pour son manque de résultats par rapport aux heures de gloire du passé, Joseph-Antoine Bell pointe directement du doigt le management et les instances dirigeantes du football.
« Nous avons un problème avec ceux qui dirigent, pas avec les joueurs », affirme-t-il sans détours. « Au lieu de toujours leur tirer dessus en disant qu’ils sont moins bons… nous devons les aider à égaler le passé. Ne soyons pas égoïstes en disant “nous, on l’a fait et eux ne peuvent pas”. Nous devons les aider à y parvenir. »
Selon lui, il est urgent que les autorités sportives et les anciennes gloires structurent des plateformes d’échange pour transmettre ce savoir-faire, accompagner les jeunes talents et rebâtir un championnat local qui, autrefois, figurait parmi les meilleurs d’Afrique.
Cap sur le CCFNA
Malgré un regard lucide et critique sur la gestion actuelle du sport, Joseph-Antoine Bell reste profondément attaché à l’esprit du “vivre-ensemble” camerounais. Il a ainsi manifesté son enthousiasme pour le prochain Festival Culturel Camerounais de d’Amérique du Nord à Washington, D.C., un rendez-vous qu’il juge essentiel pour permettre à la diaspora de se retrouver, de partager et de célébrer son patrimoine commun.
