Song : “Egaler la génération 90 ? C’est pas impossible”

  • Rigobert Song a disputé quatre Coupes du Monde
  • Le défenseur détient le record de sélections avec le Cameroun
  • Il évoque ses souvenirs, la génération 1990 et celle d’aujourd’hui

FIFA | Rigobert Song n’avait que 17 ans quand il a disputé sa première Coupe du Monde de la FIFA avec le Cameroun. Quatre ans après suivi l’épopée des Lions Indomptables jusqu’en quart de finale d’Italie 1990 devant sa télévision, le jeune homme vivait un rêve éveillé, propulsé titulaire au milieu de ses idoles, une aventure qui allait lui ouvrir les portes de l’Europe et lancer une carrière exceptionnelle.

Lorsqu’il a écopé d’un carton rouge au deuxième match de poule face au Brésil, futur vainqueur d’USA 1994, le défenseur n’imaginait pas qu’il aurait l’opportunité de disputer trois autres éditions, en 1998, 2002 et 2010, entrant dans le club très fermé des Camerounais ayant disputé quatre épreuves reine, avec Jacques Songo’o et Samuel Eto’o.

Pour FIFA.com, le recordman du nombre de sélections de sélections pour son pays (137) revient sur ses souvenirs les plus marquants de Coupe du Monde et nous livre son sentiment sur les Lions Indomptables d’aujourd’hui.

Rigobert Song, quel est votre plus ancien souvenir de Coupe du Monde ?

La première que j’ai pu voir était celle de 1990. C’était à la télévision en noir et blanc. On était nombreux devant un petit écran pour ne rater aucun moment de ce grand rendez-vous. Avec une attention et un intérêt singuliers quand les Lions Indomptables jouaient. À chaque victoire, c’était la liesse partout. Ce sont des moments inoubliables. Ce qui m’a personnellement marqué, c’est le match Cameroun-Argentine. Pour moi c’est un match d’anthologie. Avant le coup d’envoi, on était déjà effrayé en tant que supporter. Notamment quand, au moment du toss entre les capitaines, Maradona entreprend de jongler des pieds, des épaules et de la tête. Malgré les deux cartons rouges, on a gagné le match avec ce superbe but d’Omam Biyick. Un but pour l’histoire. C’était bluffant de voir nos aînés démontrer aux yeux du monde que le football était universel. C’est là où j’ai pris conscience de ce que représentait la Coupe du Monde. Que dire de toute cette équipe… Difficile de sortir un seul joueur. Pour la suite de la compétition, la machine s’est mise en marche. Roger Milla et ses buts, alors… Époustouflant !

Qu’avez-vous ressenti quand, plus tard, vous avez rejoint cette équipe ?

C’est un souvenir mémorable. Quand je suis présélectionné chez les Lions Indomptables parmi ceux qui m’avaient fait rêver en 1990, je me suis dit, “Seigneur je suis avec des monuments et je risque jouer une Coupe du Monde. A 17 ans !” Je n’oublierai jamais la joie que j’ai ressenti quand j’ai disputé mon premier match de Coupe du Monde. Mon rêve de gosse s’est réalisé. Ça me marquera toute ma vie.

 

 

En 1994, Roger Milla est devenu le plus vieux buteur en Coupe du Monde. Qu’est-ce que ce joueur avait de spécial à vos yeux ?

Déjà pour moi l’âge n’a rien à voir dans le football. J’aime parler de performance, d’expérience et de maturité. Roger Milla est un monument pour moi. Avant d’arriver à la Coupe du Monde, on jouait ensemble au Tonnerre Kalara, Club de Yaoundé. Je peux vous dire que d’avoir à le marquer lors des entraînements et de s’abreuver de ses conseils m’a permis de vite apprendre et grandir. Il n’avait pas besoin de trop courir pour être efficace. Il avait un sens du placement extraordinaire. Son expérience et sa maturité faisaient toujours la différence. Roger Milla pour moi, au-delà d’être un aîné, est un footballeur hors pair. J’ai beaucoup d’admiration et de respect pour lui.

Que retenez-vous de votre deuxième Coupe du Monde, celle de 1998 ?

Le match contre le Chili, à Nantes. On a eu l’impression de passer à peu de chose d’une qualification pour le second tour. On a ressenti un petit sentiment d’injustice face aux cartons rouges et aux buts refusés. Forcément, ça laisse des traces. Mais avec le recul on peut également regretter cette victoire contre l’Autriche qu’on laisse échapper dans les dernières secondes du match. Alors que nous menions 1-0, on concède une égalisation par manque de concentration défensive.

Comment expliquez-vous vos deux cartons jaunes contre le Chili, alors que vous aviez déjà connu une expulsion en Coupe du Monde ?

Vous savez, quand je suis sur un terrain de football, je suis un autre personnage. Je veux gagner. Et quand je joue pour mon pays, je mouille le maillot et je suis généralement très engagé. Ce jour là, j’ai eu une mauvaise réaction dans le feu de l’action. Peut-être aussi poussé par la colère face à l’injustice qu’on a subi.

 

 

Vous avez le record du plus jeune expulsé en Coupe du Monde, et le seul avec Zidane à avoir pris deux rouges dans deux éditions différentes. Avec le recul, comment voyez-vous ces records un peu particuliers ?

Je mets ça sous le coup de la jeunesse. J’ai été expulsé lors de mes deux premières Coupes du Monde. Après, j’ai appris la leçon (rires) ! En 2002, je n’ai pas été exclu. Pareil pour 2010, même si je n’ai joué que quelques minutes.

Justement, que retenez-vous de 2002 et 2010 ?

Ces deux Coupes du Monde ont été plus que frustrantes. Ces deux équipes pour moi avaient le potentiel pour réaliser des parcours exceptionnels. Des petites erreurs techniques et d’inattention, sans oublier quelques petits couacs dans l’organisation interne nous ont couté cher. Le football de haut niveau se joue sur des détails.

Depuis l’édition de 1990, le Cameroun s’est arrêté quatre fois au premier tour. A-t-on une chance un jour de voir le Cameroun faire aussi bien voire mieux qu’en 1990 ?

Egaler la génération 90 ? C’est pas impossible mais ça demande beaucoup de travail et ça dépend de plein d’autres facteurs : une très bonne préparation, des joueurs qui évoluent au très haut niveau, de l’expérience et aussi la chance. Ce que je dis est valable pour toutes les nations africaines. Depuis la génération 90, seule une seule autre nation africaine a franchi le cap des quarts de finale d’une Coupe du Monde de Football sénior, le Sénégal en 2002. Le continent regorge pourtant de joueurs talentueux mais comme je disais, pour franchir ce cap, le talent seul ne suffit pas. Mais j’ai la ferme conviction que très bientôt une nation africaine pourra égaler et même dépasser la génération 90. Je souhaite que ce soit le Cameroun en premier.

 

Quel regard portez-vous sur le Cameroun d’aujourd’hui ?

Les Lions Indomptables aujourd’hui ont une bonne équipe qui peut encore progresser. C’est un groupe en phase de reconstruction. Ils ont des joueurs qui ont du temps de jeu en club et certains jouent les coupes européennes. C’est une bonne chose. Ça permettra au coach d’avoir un groupe compétitif. En plus il y a une bonne pépinière dans les sélections U23 et A’ où le sélectionneur peut à tout moment piocher pour renforcer son groupe. Ce groupe progresse et si ces joueurs jouent ensemble très souvent, des automatismes vont se créer et ils seront plus forts.

Êtes-vous confiant pour la qualification pour la Coupe du Monde 2022, malgré un groupe relevé pour l’accès au 3e Tour ?

Le football a beaucoup évolué et s’est même pratiquement nivelé par le bas. Il n’y a plus de de petite nation de football. Toutes aspirent disputer une Coupe du Monde et feront tout pour y arriver. Le Cameroun se doit d’être à la Coupe du Monde. Je n’ai aucun doute sur le fait que les Lions Indomptables le nécessaire. L’accès à ce 3ème tour sera difficile car le niveau est relevé, mais c’est le prix à payer pour y arriver. Il va falloir mouiller le maillot et se battre. Les Lions Indomptables ont une bonne équipe et j’ai la conviction qu’ils seront au Qatar en 2022.

De quoi êtes-vous le plus fier aujourd’hui ?

Le fait déjà d’avoir disputé quatre Coupes du Monde me rend plus que fier. Je connais de nombreux joueurs réputés qui donneraient tout pour disputer une seule. La Coupe du Monde pour moi est la plus grande compétition de football. Je suis fier d’y avoir représenté mon pays quatre fois. C’est grâce à cette compétition que j’ai pu intégrer le monde professionnel en Europe et faire le parcours qu’on me connaît.

 

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