Cette photo d’une manifestation de motos-taxis au Cameroun a été manipulée

AFP | Une photo partagée plusieurs centaines de fois sur Facebook prétend montrer une manifestation de motos-taxis et de commerçants de la ville de Bafoussam, dans l’ouest du Cameroun, soutenant les manifestations organisées le 22 septembre à l’appel de l’opposition. Attention: cette photo a été manipulée. La banderole que les manifestants tiennent affirme le contraire dans les clichés originaux, retrouvés par l’AFP. 

La photo a notamment circulé dans une publication Facebook du 21 septembre partagée plus de 400 fois en 24 heures.

On y voit plusieurs des personnes à moto en tête de cortège brandissant une bannière sur laquelle on peut lire : “Les mototaximen et les commerçants de la ville de Bafoussam disent oui aux manifestations légales de ce mardi 22/09 au Cameroun“.

Capture d’écran d’une publication Facebook prise le 22 septembre 2020.

Elle a été diffusée à la veille d’une grande journée de “marches pacifiques” dans tout le pays à l’appel de plusieurs partis d’opposition, dont celui de Maurice Kamto, principal opposant au président Paul Biya.

Ces manifestations visent à réclamer un cessez-le-feu et des négociations dans l’ouest anglophone, où s’affrontent dans une guerre sanglante depuis trois ans l’armée et des groupes séparatistes, et une réforme du système électoral.

Retouche grossière

La typographie de la banderole laisse toutefois supposer une manipulation, comme si le texte avait été rajouté au-dessus d’un texte initial.

De rapides recherches confirment que cette photo a été retouchée.

En tapant la phrase qui figure sur la fausse bannière dans le moteur de recherche Google, plusieurs tweets apparaissent avec la photo d’origine.

Les manifestants y affirment en réalité le contraire de ce que veut montrer l’image: ils disent “non” aux manifestations qualifiées d’“illégales”.

Selon l’outil d’analyse Crowdtangle, plusieurs pages Facebook (12) relayant les actualités locales ont également publié le même cliché dans la journée du 21 septembre, expliquant que la scène se passait à Bafoussam.

Une partie du message d’origine est d’ailleurs visible sous le texte qui a été ajouté dans le cliché retouché.

Dans le coin inférieur gauche de la banderole, on distingue ainsi les premières lettres du mot “illégales”.

L’AFP n’a pas été en mesure de retrouver une occurrence de cette photo en ligne avant le 21 septembre en milieu de journée, ni de confirmer l’endroit où a été prise cette photo.

Cependant, certains médias comme Jeune Afrique ou le Cameroon Tribune ont fait état de manifestations de motos-taxis dans d’autres villes camerounaises contre les manifestations organisées le 22 septembre par le principal opposant politique au président camerounais Paul Biya, Maurice Kamto, et d’autres opposants.

Appel à des “marches pacifiques”

Fin août, M. Kamto, président du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) et challenger malheureux face à Paul Biya à la présidentielle d’octobre 2018, avait menacé d’appeler à “une gigantesque campagne d’appel au départ pur et simple de M. Paul Biya du pouvoir” si le chef de l’Etat convoquait des élections régionales.

Qualifiant le régime de “kleptocratie“, il accuse le président de “gouverner par le mépris et la terreur depuis près de 40 ans“. Paul Biya dirige le Cameroun d’une main de fer depuis 1982.

Le 7 septembre, M. Biya a convoqué les électeurs pour des élections régionales le 6 décembre.

Dix jours plus tard, le MRC et six autres partis de l’opposition ont donc appelé à des “marches pacifiques” le 22 septembre, d’abord pour exiger que le pouvoir remplisse les deux conditions posées par M. Kamto avant tout scrutin et “pour dire pacifiquement à Monsieur Paul Biya et à son régime: trop c’est trop !“, comme nous l’expliquions dans cette dépêche.

Si, au terme des marches pacifiques du 22 septembre, les deux objectifs ne sont pas totalement satisfaits, des manifestations périodiques appelant au départ de M. Paul Biya et son régime du pouvoir seront organisées jusqu’à leur départ effectif“, ont prévenu les sept partis d’opposition.

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