CamerounOnline.ORG | Dans une démarche qui a pris de court les avocats spécialisés en immigration et les défenseurs des droits humains, les États-Unis auraient intensifié un programme controversé : l’expulsion d’individus vers le Cameroun — un pays où ils n’ont jamais vécu et dont ils ne possèdent pas la citoyenneté.
Selon un rapport récent de l’Associated Press et de plusieurs organisations juridiques, un deuxième vol de « ressortissants de pays tiers » a atterri ce lundi 16 février 2026 à Yaoundé, la capitale camerounaise. Cela fait suite à un premier vol discret en janvier, qui avait transporté neuf migrants vers cette nation d’Afrique centrale dans des circonstances similaires.
Qu’est-ce qu’une expulsion vers un « pays tiers » ?
Habituellement, lorsqu’une personne est expulsée des États-Unis, elle est renvoyée dans son pays d’origine. Cependant, en vertu d’une disposition rarement utilisée de la loi sur l’immigration et la nationalité (Immigration and Nationality Act), le gouvernement peut envoyer des individus vers un pays tiers qui accepte de les recevoir.
L’administration Trump a considérablement étendu cette pratique, dépensant apparemment plus de 40 millions de dollars pour négocier des accords avec des nations comme le Cameroun, le Rwanda et l’Eswatini afin qu’elles acceptent ces expulsés.
Pourquoi est-ce controversé ? L’échappatoire juridique
Le cœur de la controverse réside dans le profil des personnes envoyées. Les avocats des expulsés soulèvent deux préoccupations majeures :
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Contournement des protections judiciaires : Beaucoup de ceux envoyés au Cameroun bénéficiaient d’ordres de « suspension d’expulsion » délivrés par des juges américains. Cela signifie qu’un tribunal avait déjà statué qu’ils risqueraient probablement la persécution ou la torture s’ils étaient renvoyés dans leur pays d’origine (comme le Zimbabwe, le Maroc ou le Ghana).
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La stratégie de la « faille » : En envoyant ces individus au Cameroun plutôt que dans leur pays d’origine, les États-Unis évitent techniquement de violer l’ordre du tribunal. Cependant, les défenseurs des droits soutiennent qu’il s’agit d’un contournement juridique, car ces migrants pourraient éventuellement être contraints de retourner dans leur pays d’origine depuis le Cameroun.
Un réseau d’accords en pleine expansion
Le Cameroun n’est pas un cas isolé. Des documents internes suggèrent que les États-Unis négocient près de 50 accords similaires à travers le monde. Si le Département d’État soutient que ces politiques sont essentielles pour « renforcer la sécurité des frontières américaines », les critiques s’inquiètent du manque de transparence.
« Pour l’instant, ma priorité est de gérer leur état de choc », a déclaré Joseph Awah Fru, un avocat basé au Cameroun qui travaille avec les expulsés. Plusieurs d’entre eux auraient ignoré leur destination finale jusqu’à ce qu’ils soient enchaînés et fassent monter à bord de l’avion.
Le coût humain
Les passagers de ces vols fuient souvent la violence ou les discriminations liées à leurs activités politiques ou à leur orientation sexuelle. Une fois au Cameroun, ils seraient détenus dans des structures où ils pourraient subir des pressions pour un retour « volontaire » vers les pays mêmes qu’ils ont fuis.
Alors que ces « vols secrets » se poursuivent, ils soulèvent une question difficile : le simple fait de déplacer le lieu d’expulsion libère-t-il les États-Unis de leurs obligations légales et morales en matière d’asile, ou s’agit-il simplement de déplacer le problème hors de vue ?
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