Un maire du Nord-Ouest s’inquiète: «Va-t-on vivre dans la peur des kidnappings?»

RFI | Au Cameroun, de récentes attaques menées près de la frontière nigériane ont fait fuir les habitants de plusieurs villages, dans les régions Sud-Ouest et Nord-Ouest. Le maire de la commune d’Ako, Nkanya Nkwai, affiche son inquiétude après une série d’enlèvements : « Est-ce que c’est un incident isolé qui va disparaître et ne plus jamais se reproduire ? Ou est-ce que cela va devenir notre nouvelle réalité ? »

Plusieurs hameaux des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest se sont vidés de leurs habitants après les récentes attaques d’éleveurs venus du Nigéria voisin.

Côté Sud-Ouest, il s’agit des villages de Ballin et Bakinjaw, dans le canton de Messaga Ekol, dans le département de la Manyu.

Dans la région du Nord-Ouest, dans le département du Donga-Mantung, les villages désertés se trouvent dans la circonscription d’Ako et portent les noms d’Abafum, Abutu, Buku, Ayé et Akwancha.

Territoire enclavé aux confins de la région du Nord-Ouest, la commune d’Ako a vu pour la première fois il y a dix jours (week end du 1er et 2 avril) des hommes armés venir du Nigeria voisin.

Identifiés par le maire d’Ako comme étant des éleveurs fulanis – des Peuls, en haoussa –, ces hommes ont d’abord enlevé une vingtaine d’habitants. Une situation inédite dans ce territoire par ailleurs déjà endeuillé par le conflit entre séparatistes et forces gouvernementales qui dure depuis 2017.

« Ces hommes sont toujours là et ils menacent d’enlever d’autres personnes »

Le maire d’Ako raconte que, depuis, les otages ont été libérés. Mais d’autres villageois ont, dans les jours suivants, été enlevés, puis relâchés. Et Nkanya Nkwai s’inquiète de voir cette situation nouvelle perdurer.

« Ils ont continué à kidnapper des gens, assure-t-il au micro d’Amélie Tulet. Ils ont dit qu’ils étaient venus dans ma municipalité avec une mission. Nous ne savons pas ce qu’ils veulent, qui ils cherchent et quel est exactement leur but. Pour l’instant, ils sont toujours là et ils menacent d’enlever d’autres personnes. Ils disent qu’ils partiront quand ils auront atteint leur objectif ».

L’édile poursuit : « Mon inquiétude, qui est celle de toute la communauté, c’est : qu’est-ce qui nous attend ? Nous sommes à la frontière avec le Nigeria. Il y a sept points de passage, un seul est surveillé par des militaires. Les six autres entrées ne sont pas surveillées. »

Nkanya Nkwai s’interroge : « Est-ce que c’est un incident isolé qui va disparaître et ne plus jamais se reproduire ? Ou est-ce que cela va devenir notre nouvelle réalité ? Vivre dans la peur des kidnappings ? Ne plus pouvoir se rendre sur son terrain librement, parce que vous ne savez pas qui peut vous enlever ? C’est très effrayant pour nous. »

Des violences récurrentes dans les États nigérians de Tabara et de Benue

Côté Nigeria, dans les États voisins de Tabara et de Benue, les affrontements entre éleveurs Fulani et communauté de cultivateurs Tiv ont été très violents ces derniers jours. Dans l’État de Benue, en deux attaques, la semaine dernière, 70 personnes au moins ont été tuées. Le conflit éleveurs /agriculteurs pour l’accès à la terre dans la Middle Belt nigériane dure depuis des décennies. Il est notamment aggravé par la pression démographique.

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